Darss
Sīra

Les premiers à avoir cru : qui sont-ils, pourquoi eux ?

Walid Meystre 6 min de lecture

Khadīja, Abū Bakr, ʿAlī, Zayd : les tout premiers compagnons à avoir cru au Prophète ﷺ et ce que leur parcours nous apprend sur la foi naissante.

Quand on raconte le début de l’islam, on parle beaucoup du Prophète Muḥammad ﷺ — et c’est normal. Mais on parle parfois moins de ces hommes et de ces femmes qui, avant même que l’islam ne soit connu, ont cru. À un moment où personne ne parlait encore de « musulmans », où il n’y avait pas de communauté, pas de rituels codifiés, pas de gain social à espérer, des gens ont fait confiance. Qui étaient-ils ? Et que nous disent leurs parcours ?

La tradition distingue quatre premiers selon la catégorie à laquelle ils appartenaient : Khadīja parmi les femmes, Abū Bakr parmi les hommes adultes libres, ʿAlī parmi les enfants de la maisonnée prophétique, et Zayd parmi les affranchis. Cette répartition n’est pas une hiérarchie morale : c’est un indicateur de la portée universelle du message dès le premier jour.

Khadīja bint Khuwaylid رضي الله عنها

Elle est la première à avoir cru. Pas la première femme — la première, tout court. Quand le Prophète ﷺ revient de la grotte de Ḥirāʾ, tremblant, incertain, c’est à elle qu’il raconte ce qu’il vient de vivre. Et sa réaction, nous l’avons vue dans notre article sur le récit de la révélation, est d’une assurance tranquille : « Jamais Allah ne te couvrira de honte. »

Khadīja avait une quinzaine d’années de plus que le Prophète ﷺ. Elle avait été mariée deux fois avant lui. Elle dirigeait une affaire commerciale prospère. C’est elle qui l’avait remarqué pour sa droiture et qui avait pris l’initiative de le demander en mariage. Quand la révélation a commencé, elle avait déjà partagé avec lui plus de quinze ans d’une vie conjugale exemplaire — ce qui donne un poids particulier à sa foi. Elle ne croyait pas parce qu’elle ne connaissait pas l’homme. Elle croyait parce qu’elle le connaissait mieux que personne.

Le Prophète ﷺ la mentionnera toute sa vie avec une tendresse intacte, bien après qu’elle ne fut plus. Et l’ange Jibrīl viendra un jour lui transmettre le salut d’Allah Lui-même pour elle, ainsi que l’annonce d’une maison au Paradis « où il n’y a ni fatigue, ni bruit » (al-Bukhārī, ḥadīth 3820).

Abū Bakr al-Ṣiddīq رضي الله عنه

Abū Bakr était un ami proche du Prophète ﷺ avant même la révélation. Commerçant respecté, d’un tempérament doux, connu pour sa générosité et sa justice dans les affaires. Quand le Prophète ﷺ lui propose l’islam — avant même que la prédication ne devienne publique —, sa réponse, rapportée dans les sources, est célèbre pour sa brièveté : il accepte sans discuter.

C’est cette promptitude qui lui vaudra plus tard le surnom d’al-Ṣiddīq, « le véridique », « celui qui confirme ». Lors de l’épisode du voyage nocturne (al-isrāʾ wa-l-miʿrāj), quand les mecquois viendront lui dire « ton ami prétend qu’il est allé à Jérusalem en une nuit, qu’en dis-tu ? », Abū Bakr répondra : « S’il l’a dit, alors c’est vrai. »

Cette confiance n’était pas naïve : elle était fondée sur la connaissance de l’homme. Abū Bakr connaissait le Prophète ﷺ depuis des années. Il avait vu sa sincérité dans mille situations ordinaires. Quand l’extraordinaire est arrivé, il n’a eu aucun mal à le croire, parce que l’ordinaire avait déjà tout préparé.

Abū Bakr deviendra par la suite le premier calife après la mort du Prophète ﷺ. Mais c’est dans ces premières années mecquoises qu’il aura investi ce qu’il avait : sa réputation, sa fortune (il a affranchi de nombreux esclaves torturés pour leur foi, dont Bilāl al-Ḥabashī), et sa vie quotidienne au service de la mission.

ʿAlī ibn Abī Ṭālib رضي الله عنه

ʿAlī était encore un enfant — autour de dix ans, selon les récits les plus répandus — quand il a embrassé l’islam. Il vivait dans la maison du Prophète ﷺ, qui l’avait pris à sa charge pour soulager son oncle Abū Ṭālib. Il a donc vu l’islam naître de l’intérieur, dans le quotidien du foyer prophétique.

Son entrée dans la foi est souvent rapportée avec une scène simple : le Prophète ﷺ prie, Khadīja prie derrière lui, et ʿAlī, témoin de ce geste qu’il ne connaît pas, demande ce que c’est. Quand on lui explique, il répond qu’il veut en parler à son père avant de décider. Puis il y réfléchit, et revient — selon une tradition — avec cette phrase : « Allah m’a créé sans consulter Abū Ṭālib : pourquoi devrais-je Le consulter pour L’adorer ? »

Ce qui est remarquable, c’est que ʿAlī est le premier enfant à avoir cru. Cela montre que, dès le début, l’islam n’était pas une affaire réservée aux adultes, aux hommes, aux libres. Un enfant, une femme âgée, un affranchi et un commerçant sont entrés dans la foi à peu près en même temps.

Zayd ibn Ḥāritha رضي الله عنه

Zayd avait été capturé enfant, vendu comme esclave, puis offert à Khadīja, qui l’avait elle-même donné au Prophète ﷺ. Quand son père et son oncle le retrouvent enfin et viennent le récupérer, le Prophète ﷺ lui laisse le choix : rentrer avec sa famille biologique, ou rester. Zayd choisit de rester. Le Prophète ﷺ l’affranchit sur-le-champ, et l’adopte publiquement.

C’est ce Zayd-là qui sera parmi les tout premiers à croire. Affranchi, pauvre socialement au départ, il deviendra pourtant l’un des commandants les plus aimés du Prophète ﷺ, au point qu’à sa mort en bataille, le Prophète ﷺ pleurera publiquement. Sa trajectoire dit quelque chose d’essentiel : dans la communauté naissante, la valeur de la personne ne se mesurait plus à son origine.

La maison d’al-Arqam : un premier point de ralliement

Les premiers musulmans ne pouvaient pas se rassembler ouvertement à La Mecque. La majorité qurayshite ne tolérait pas cette nouvelle foi qui remettait en cause l’ordre tribal et commercial autour de la Kaʿba. Alors, pendant les trois premières années de la mission, les rencontres se faisaient discrètement — souvent dans la maison d’al-Arqam ibn Abī al-Arqam, un jeune homme de la tribu de Makhzūm qui avait rejoint l’islam très tôt.

Cette maison, située sur une des collines de La Mecque, servait à la fois de lieu d’enseignement, de prière, et de refuge. C’est là que le Prophète ﷺ récitait aux compagnons les versets fraîchement révélés, leur expliquait ce qu’ils contenaient, et leur enseignait comment prier. On y entrait à la tombée du jour, par petits groupes, en prenant soin de ne pas être repéré. Les savants de la sīra considèrent cette maison comme le premier lieu d’enseignement religieux de l’histoire de l’islam.

Ce que ces quatre vies disent ensemble

Mises côte à côte, ces quatre premières conversions dessinent un message : l’islam n’est pas venu pour une classe, un genre, un âge ou un statut. Une femme mature et prospère, un notable adulte, un enfant, un affranchi. Tous, dans les premiers jours, ont vu la même chose et répondu la même chose. La foi naissante n’a pas attendu que les conditions soient favorables. Elle s’est enracinée dans ceux qui étaient prêts à écouter — et ils étaient de toutes les conditions.

Pour aller plus loin, vous pouvez lire notre article sur le récit de la première révélation et notre article sur les six piliers de la foi, qui éclaire ce que ces quatre compagnons ont précisément embrassé.


Envie d’étudier la sīra avec un enseignant validé ? Trouvez un cours sur darss.app →

Questions fréquentes

Qui fut le premier homme adulte libre à embrasser l'islam ?

La tradition rapporte que ce fut Abū Bakr al-Ṣiddīq رضي الله عنه. Les savants distinguent quatre « premiers » selon la catégorie : Khadīja parmi les femmes, Abū Bakr parmi les hommes adultes libres, ʿAlī parmi les enfants, et Zayd parmi les affranchis. Cette classification n'est pas pour hiérarchiser la récompense — le Prophète ﷺ a toujours insisté sur la dignité égale de ces quatre — mais pour souligner que la foi a touché, dès le premier jour, toutes les strates de la société mecquoise.

Combien de compagnons y avait-il à la fin de la période mecquoise ?

Les sources traditionnelles parlent de plusieurs dizaines de compagnons au moment de la première émigration en Abyssinie, puis de centaines à la veille de l'émigration à Médine. Les chiffres varient selon les récits, mais l'ordre de grandeur est clair : la communauté mecquoise initiale est restée petite, vulnérable, persécutée. C'est précisément ce qui rend ces premières années si marquantes : embrasser l'islam à La Mecque dans ces conditions relevait du courage pur, sans aucune compensation mondaine à attendre.

Comment les premiers compagnons apprenaient-ils le Qur'an ?

Par audition directe, la plupart du temps. Le Prophète ﷺ récitait les versets au fur et à mesure qu'ils lui étaient révélés, et les compagnons les mémorisaient, puis les récitaient à leur tour. Certains notaient sur ce qu'ils avaient sous la main — omoplates, morceaux de cuir, palmes. À La Mecque, l'enseignement se faisait discrètement, souvent chez al-Arqam ibn Abī al-Arqam, un jeune homme dont la maison servit de lieu de réunion pour les premiers musulmans dans les premières années de la mission.

WM

Walid Meystre

Enseignant en sciences religieuses islamiques, basé en Suisse romande. Enseigne en présentiel et en ligne via Darss.

Envie d'approfondir ce sujet ?

Trouvez un enseignant validé près de chez vous ou en ligne sur Darss.

Trouver un cours sur darss.app

Articles liés